Au début je n'ai pas vraiment réalisé. Tartine en main et thé dans ma tasse, je revasse.
Et puis tout à coup BIM, je percute. Une figure historique, politique et littéraire s'en va. Connue dans tous les pays francophones pour sa "négritude" et à l'étranger. Ca commence à faire là...
Deuxième coup de semonce : la Martinique n'aurait pas pu être ce qu'elle est aujourd'hui sans son oeuvre (son combat pour l'école et la départementalisation entre autres).
Et puis surtout, je me suis souvenue du 29 novembre dernier. Ce jour là, jour du gros séisme de 7,3 qui a bien secoué l'arc antillais, je me suis retrouvée empêtrée dans un reportage impromptu pour le Journal. Direction la préfecture, à la recherche des premiers éléments officiels et officieux du représentant de l'Etat dans le département. En train de relire mes notes sur mon bloc, mon regard se lève de mes lignes crochues et inélégantes et se pose sur une berline de couleur foncée. Seulement à quelques pas de moi.
Mais il y a cette impression étrange qui me saisit. Une sorte de frisson discret qui m'interpelle sans pour autant me figer sur place. Au contraire, il met mes sens en alerte sans que je ne comprenne pourquoi.
Et puis la portière arrière s'ouvre.
A l'intérieur de la voiture, un chauffeur et un passager. Presque recroquevillé sur lui, depuis sa place sur la banquette arrière, Aimé Césaire adressait un message d'encouragement à un agent de la préf...
Intriguée, je me suis attardée sur l'effet de sa venue. J'observe la masse alentour et je comprends. Place nette et silence respectueux. La minute d'avant, c'était pleurs, interrogations diverses et confusion générale.
Le vieil homme fatigué par les ans n'avait rien perdu de sa superbe ni de son rayonnement.
Aussi vite qu'il était venu, il est reparti vers sa demeure, laissant flotter une atmosphère apaisée malgré les circonstances.
Aujourd'hui, les médias, les hommes politiques et les hommes de lettres se remémorent le personnage atypique qu'il était. Un homme exceptionnel qui a su dynamiser des coeurs, animer un territoire, crier la vérité au système colonialiste et s'inscrire dans l'Histoire. Il reste tout de même un homme qui a pu faire des erreurs de parcours, comme par exemple, laisser la ville de Fort-de-France se dégrader au fil du temps et perdre de son attraction.
Puissions-nous, chacun d'entre nous, nous imprégner de ses enseignements et les faire perdurer, au delà de sa mort. Car les idées ne meurent pas, elles se diffusent et mûrissent...

